A Paris, comme dans la plupart des grandes capitales européennes, les dégâts causés par la crise financière ont bien failli anéantir le pouvoir d’achat de la classe moyenne. Comme dans Space Invaders, le Shoot Them Up de Tomohiro Nishikado, les spéculations boursières continuent de « désintégrer » chaque jour, des centaines de jobs… Dans les salles des marchés du quartier de La Défense, les graphiques des cours du baril de pétrole brut et des matières premières ont fait exploser les écrans TFT des traders, établissant de nouveaux records de ventes. De-ci, de-là, des tsunamis dévastateurs ont redessinés les côtes du sud-est asiatique, et le spectre d’une épidémie de cancers générés par les retombées de nuages radioactifs en provenance du Japon gangrène l’optimisme des bobos parisiens qui s’interrogent également sur un lien possible entre le désastre de Fukushima et la météo pourrie que nous subissons depuis des mois. Des guerres civiles ont éclatées de parts et d’autres de l’Afrique “blanche” réveillant dans nos arrondissements, la peur d’un exode islamique !
Pour ma part, en cette rare journée ensoleillée de juillet, une seule chose retient mon attention et me fait enrager : la longueur des chaussettes du cadre « trentenaire» et propret, assis à quelques mètres de mon siège sur l’une des banquettes du bus n°70 qui nous transporte vers le carrefour de l’Odéon. Les jambes croisées, ses bas de pantalon relevés jusqu’aux mollets mettent en évidence de trop courtes chaussettes de laine bleue. Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Quand un homme porte un pantalon, qu’il opte pour des mi-bas… non pour des socquettes !!
Du coin de l’œil, je continue d’observer ce citadin “précieux”, que l’insupportable chaleur concentrée dans cette boite de conserve sur roues et sans clim’ oblige à faire retirer sa veste, laissant apparaitre une chemisette blanche “logotypée” dans le dos d’un gigantesque nœud papillon rose, emblème de la marque Eden Park, plus appropriée sous un blouson pour assister à une 3ème mi-temps dans les vestiaires d’un club de rugby communal que sous un costume.
Je me demande si l’appellation à connotation sportive du tissu bleu à rayures “tennis”, en anglais Blue Pinstripe, employé pour la fabrication dudit costume, n’a pas induit notre “élégant” en erreur, le laissant supposer que ce tissu dont les motifs représentent des lignes parallèles plus ou moins fines, pouvait être associé à une tenue sportwear !!
Un sourire moqueur sur les lèvres, je ne peux m’empêcher de penser que contrairement à ce que l’on pense, ce sont souvent chez les personnes qui font excessivement attention à leur apparence que l’on trouve la plus grande diversité de clowns. Et si l’on réussissait à quantifier le nombre d’hommes qui font l’effort de prendre soin de leur image mais qui en fin de compte ne ressemblent à rien, faute d’une véritable culture vestimentaire, on pourrait remettre sur les routes bon nombre de cirques.
