Si vous la voulez courte, arrêtez-vous au génie littéraire d’Oscar Wilde qui résume en une phrase ce que je me suis échiné à exprimer en sept cent vingt huit mots : «...De nos jours, les gens connaissent le prix de tout et la valeur de rien ».
Maintenant, si vous avez encore du temps pour me lire, je vous en prie n'hésitez pas !!
Très admiratif des codes vestimentaires britannique et de leurs influences sur la mode masculine, j’ai longtemps pensé que l’élégance était une qualité exclusivement anglaise et par conséquent, le seul apport de nos amis Brit’ au patrimoine culturel mondial. Ainsi, je me suis efforcé de façon quotidienne à respecter le style traditionnel des gentlemen… Toutefois, au fil du temps et au regard de certaines incompatibilités de la vie moderne, la relation intime que j’entretenais avec ma garde robe de tweed, de flanelle et de lin est devenue comparable à celle que l’on peut avoir au bout de quelques minutes de conversation avec un canon de beauté sans cervelle que l’on vient de baiser («ndlr») : crispante et ennuyante* !! Tweed, flanelle, lin… Ces nobles matières étaient-elles devenues trop démodées pour être portées ? Certainement pas ! Mais, plus habitué aux tunnels de métro qu’aux couloirs de châteaux médiévaux, je me suis rendu compte que l’authenticité de mes tenues, l’épaisseur et la raideur de mes costumes étaient inadaptés à l’environnement contemporain surchauffé dans lequel j’évoluais.
Crispant et ennuyant, pourrait également être la définition des échanges que l’on peut avoir avec certains parangons d’élégance plongés dans une nostalgie passéiste, qui ne jurent que par des dogmes vestimentaires aussi souple que le bois d’une batte de cricket.
Avoir une bonne connaissance du style traditionnel anglais dont les codes centenaires hérités d’univers marqués par le besoin de fonctionnalité, de confort et de solidité, me semblent être la base de l’habillement masculin mais il est tout aussi important, si l’on ne veut pas tomber dans un classicisme ennuyeux, de s’affranchir de certains préceptes en faisant preuve d’une certaine créativité qui s’inscrit fondamentalement dans notre époque ; C’est ainsi que l’on trouve son style. L’art de se vêtir ne se trouve ni dans la tristesse et l’ennui du respect des conventions sociales, ni dans l’hyper personnalisation de tenues qui me semble être révélatrice d’un besoin viscéral et narcissique de se positionner au-dessus de la masse. Pour ceux qui considèrent que s’habiller est une manière de s’exprimer, cela ne présente aucun intérêt ! Si, chaque homme a sa propre vision esthétique des choses, il est à noter de manière universelle que l’élégance vestimentaire est le résultat d’une ouverture d’esprit, le fruit d’une véritable culture dont les contours se définissent avec le temps. C’est un équilibre subtil entre tradition et créativité dont je trouve, pour ma part, les meilleurs exemples dans la mode masculine des années 20 et 30.
Aujourd’hui, alors que les hommes n’ont jamais autant dépensé pour leur garde-robe, je m’interroge sur le fait qu’ils sont de moins en moins élégants. Peut-être parce qu’être élégant est une philosophie de vie, une attitude, une « volonté » qui régit notre manière d’être de façon globale : la façon dont on se tient, la manière dont on s’assoit comme l’harmonie avec laquelle on choisit l’ensemble des objets de son quotidien… L’élégance, la vraie, l’intemporelle, est le prolongement d’une éducation, d’une connaissance que l’on n’obtient pas en un clic de souris et, qui ne dépend pas de l’épaisseur d’un portefeuille. Oui, l’argent ne fait pas l’élégant !!
Par ailleurs, même si j’apprécie le travail ô combien méritoire de certains créateurs de mode, quelque soit la qualité de l’enseigne ou le talent d’un tailleur, jamais personne n’arrivera à donner du style à quelqu’un qui en est dépourvu. L’habit ne fait pas l’homme mais l’élégance et le style sont un tout qui influence chaque acte de notre vie. Savoir bien s’habiller est un exercice sérieux qui demande toutefois dans son exécution que l’on y mette un peu de légèreté, pour ne pas être taxé de présomptueux. L’idiot et le sot n’y entendent rien. L’un se pare de sa suffisance, l’autre se gausse de sa méconnaissance.
Ainsi donc, si votre ouverture d’esprit et vos qualités personnelles sont mathématiquement proportionnelles à l’intérêt que vous portez à votre plumage, on peut vous qualifier d’homme élégant !
* Ne me faites pas dire ce que je ne pense pas : tous les canons n’ont pas un cerceau atrophié.
