Emmitouflé dans une parka Chevignon vintage suffisamment doublée de plumes d’oie pour me permettre d’affronter les températures polaires auxquelles nous sommes confrontées, je marche à travers les larges allées arborées des Tuileries jusqu’à la rue de Castiglione. De cet élégant jardin à la française d’ordinaire si plein de vie, je ne retiens aujourd’hui qu’une atmosphère triste, sinistre, certainement dû à l’engourdissement hivernal d’une végétation à l’image du contexte de récession dans lequel nous sommes englués.
Pour des drogués de beaux vêtements comme nous le sommes, y aurait-il dans ce climat plein de morosité des raisons d’être quelque peu optimiste ?
Attablé dans le somptueux bar de l’hôtel Westminter, caféiné à souhait par le serveur, je me jette sur les derniers journaux de mode masculine : Monsieur, L’Officiel Homme, Edgard, GQ, Pointures, etc… Dans les pages encore toutes fraiches du magazine DANDY que je sors de ma besace, Hugo Jacomet le trop chevelu mais néanmoins talentueux créateur du site Parisian Gentleman, met en lumière une dépêche de l’agence REUTERS intitulée : les grands acteurs du luxe se mettent en ordre de bataille pour conquérir le marché masculin qui affiche un taux de croissance moyen de 14%, près du double de celui du luxe féminin…
Mixant avec brio, extraits d’articles de presse, propos d’essayistes et interviews d’hommes d’affaires dans un exercice de style aussi pertinent qu’empathique, Hugo (si je peux me permettre cette familiarité) se réjouit de l’évolution du comportement masculin et son rapport à l’élégance classique.
Pour ma part, humble spectateur du vestiaire de mes concitoyens que je décortique avec malice, j’aimerais croire en cette mutation qui tend à nous faire croire que la gente masculine, toute classe sociale confondue, privilégie l’élégance dans ses choix vestimentaires. Par élégance, j’entends, affirmation d’un style, harmonie de la silhouette, mise en avant de matières dites nobles… qui par extension comme le laisserait entendre le blogueur star, favoriserait l’apparition de nouveaux artisans, contribuerait à la pérennisation des maisons de qualité.
Vrai changement de comportement ou pur fantasme de rédacteurs de mode ?
Il suffit de se promener dans les rues de la capitale pour se rendre compte que la tendance actuelle en matière de mode masculine est basée sur une créativité totalement azimutée qui camoufle le manque de qualité des produits dont l’aboutissement final, souvent désastreux, me fait irrémédiablement penser aux vomitives expressions du Tuning automobile populaire dont les personnalisations extrêmes sont aussi indigestes que les collections du mégalomane Christian Audigier …
Donneur de leçon ? Beurk ! Loin de moi cette idée…
Je me gausse des dérives commerciales de ces fastueuses maisons dont les marges traditionnelles stagnent, qui cherchent à capter notamment par la politique du Célébrity Wear, ce vivier de clients décomplexés mais souvent inculte en matière d’esthétisme vestimentaire, en créant de « simples » produits marketing, des exclusivités sophistiquées et clinquantes pour des consommateurs qui ont tort de croire que toutes excentricités ou personnalisations que l’on paye souvent cher, relève du dandysme, un terme que l’on utilise de nos jours à toutes les sauces.
Oubliez donc, les cols de chemise doublés ou triplés, ornés de boutons multiples devant, derrière, sur le coté, les cols Lucknow bicolores… Gardez sous cloches de verre vos chaussures tatouées, marquées au fer comme on estampille une carcasse de bœuf ! Même dotées d’un mouvement horloger Made in Swiss, jetez montres "big-block" en en acier Titanic !! et autres babioles issue de la sous-culture bling-bling !! Laissez à leurs fabricants, les chaussures dont les bouts plats et carrés semblent avoir été passé au rouleau à pâtisserie ou à l’inverse, des souliers dont les extrémités aussi pointues que des poulaines moyenâgeuses, se redressent invariablement vers le ciel, très certainement à la recherche d’un réverbère ou se pendre, tant elles sont conscientes de leurs laideurs.
Volonté de mieux se vêtir ? Besoin de se démarquer ? Je ressens clairement chez certains de mes congénères Métro ou Übersexuel, la volonté de crier haut et fort leur bien-être vestimentaire… D’où l’explosion sur internet d’une kyrielle de blogs qui conseillent avec plus ou moins de réussite, la manière de porter vestes, pantalons, chaussettes ou souliers… Force est de constater que lors des dernières Fashion Week parisiennes, on dénombre plus de blogueurs à la recherche des Fifteen Minutes of Fame décrit par Warhol que de professionnels de la mode tout corps de métiers confondu !!! (Il serait peut-être indiqué de ponctuer cette phrase par un LOL, non ???)
Sur nos petits écrans, les nouvelles chaînes s’intéressent à nos coquetteries, à nos addictions. Toutes les quinzaines sur Stylia, Emmanuel Rubin (directeur de la rédaction du magazine L’Optimum), face caméra, campé sur ses jambes comme on l’est généralement devant l’intimité d’une pissotière, décrypte en 26 minutes de reportages et d’interviews, les tendances qui font l’homme du moment. Surfant sur ce renouveau masculin maintes et maintes fois annoncée, l’animateur dans un style oratoire à filer des complexes au slameur Grand Corps Malade, enchaine reportages trop courts pour être captivant et infos millimétrées à la seconde pour geek millionnaire. Trop rare, pas assez étoffé, le seul (?) magazine masculin du PAF a toutefois le mérite d’exister mais confirme paradoxalement le fait que l’élégance au masculin n’est qu’une affaire de passionnés, un marché de niche certes en constante évolution mais un microcosme dans une société insatiable de consommation qui ne laisse que peu de place à la culture du beau.
